INTRODUCTION
ET SI ECOUTER, C’ETAIT DÉJA VOIR ?
Je vous propose une exploration fascinante aux confins des neurosciences et de l’art. Est-il possible de « voir » une sonate de Bach ou le murmure du vent ? Pour notre cerveau, la frontière entre l’ouïe et la vue est bien plus poreuse qu’il n’y paraît.
Bienvenue dans l’univers de l’imagerie mentale auditive.
Fermez les yeux un instant.
Écoutez une musique familière.
Que se passe-t-il dans votre tête ?
Des couleurs apparaissent.
Des paysages se dessinent.
Des souvenirs, parfois très anciens, remontent à la surface.
Votre cerveau fabrique réellement des images à partir du son. Ce phénomène porte un nom : l’imagerie mentale. Il est au cœur de notre façon d’écouter, de mémoriser, de ressentir… et de créer.
Dans cet article, je vous propose un voyage au cœur de ce mécanisme fascinant : comment le cerveau “voit” le son, pourquoi certaines musiques déclenchent des images puissantes, et comment cette capacité peut devenir un véritable outil de bien-être, de mémoire et de créativité — au cœur de l’approche Le Violon Neuronal.
Un sujet qui me passionne et qui relie mes trois activités de coeur: musique – couleurs – cerveau.
QU’EST-CE QUE L’IMAGERIE MENTALE ?

L’imagerie mentale est la capacité du cerveau à produire des représentations internes — visuelles, auditives, corporelles ou émotionnelles — avec ou sans stimulation directe du monde extérieur.
Autrement dit :
👉 le cerveau peut voir sans les yeux, entendre sans les oreilles, ressentir sans contact. Lorsque vous imaginez un visage, un lieu, un mouvement ou une couleur, les mêmes zones cérébrales s’activent que si vous les perceviez réellement. (lire aussi paragraphe sur Jennifer Koh, violoniste ayant été atteinte d’une commotion cérébrale et qui a imaginé s’entrainer).
Ce qui est fondamental à comprendre :
- L’imagerie mentale n’est pas réservée aux artistes
- Elle est présente chez tout être humain
- Elle joue un rôle clé dans :
- la mémoire
- l’anticipation
- l’apprentissage
- la régulation émotionnelle
L’imagerie mentale sonore est la capacité de notre cerveau à simuler une expérience sensorielle en écoutant un son ou une musique. Lorsque vous avez un « air dans la tête » ou que vous « entendez » la voix d’un proche en lisant une lettre, vous activez des mécanismes neuronaux complexes.
Contrairement à une simple pensée, l’imagerie mentale sonore mobilise des zones du cortex auditif quasiment identiques à celles stimulées par une écoute réelle. Pour le cerveau, imaginer, c’est déjà un peu entendre.
POURQUOI LE SON DECLENCHE-T-IL AUTANT D’IMAGES ?
Le son est une vibration. Et le cerveau est un formidable traducteur de vibrations.
Le son commence effectivement comme une onde mécanique (vibration de l’air). Votre oreille interne (la cochlée) transforme ces vibrations en impulsions électriques. Le cerveau ne « reçoit » pas de l’air qui vibre, il reçoit de l’électricité qu’il doit interpréter.

Quand un son entre dans le cerveau
Il ne se contente pas d’être “entendu”. Il active simultanément :
- les aires auditives
- les zones de la mémoire
- les circuits émotionnels
- les régions visuelles
Le cerveau ne traite jamais le son de façon isolée.
Il le relie, l’associe, le transforme.
Le cerveau est une machine à prédire et à associer. Il cherche constamment à donner du sens à son environnement. Un son n’est jamais « juste » une fréquence ; il est interprété en fonction de :
- Votre état émotionnel du moment.
- Votre culture (une gamme musicale occidentale ne sonne pas comme une gamme orientale).
- Votre vécu personnel.
C’est pour cela que :
- une musique peut évoquer une couleur
- un timbre peut faire naître une image
- un simple son peut réveiller un souvenir enfoui
La musique déclenche la perception multisensorielle. Elle est une expérience globale.
La recherche en neurosciences a fait des bonds de géant ces dernières années. Grâce à l’IRM fonctionnelle, nous savons désormais que :
- Le Cortex Auditif Primaire : s’active même en l’absence de son, prouvant que le cerveau génère ses propres représentations acoustiques.
- Le Réseau de Mode par Défaut (ou Default Mode Network – DMN) : Le Chef d’Orchestre de notre Monde Intérieur. Ce réseau s’active lorsque nous nous déconnectons du monde extérieur pour naviguer dans nos souvenirs sonores. Je vous invite à aller voir la définition dans le glossaire des mots du cerveau.
- La Synesthésie : Pour environ 4 % de la population, ce phénomène va plus loin : les sons déclenchent involontairement des visions de couleurs, de formes ou de textures. C’est la forme la plus littérale de « voir le son ».
VOIR LE SON : SOMMES-NOUS TOUS SYNESTHETES ?

La synesthésie est souvent décrite comme une capacité rare : voir les sons, entendre les couleurs, associer des chiffres à des formes.
En réalité, nous possédons tous une forme de synesthésie latente.
La différence ?
– Chez certains, ces connexions sont spontanées, conscientes, automatiques et intenses.
– Chez d’autres, elles sont inconscientes, plus discrète mais tout à fait mobilisables. Nous pouvons même l’exercer pour l’amplifier et l’utiliser volontairement.
Quand vous associez :
- une musique “claire”
- un son “chaud”
- un timbre “sombre”
Vous êtes déjà en train de traduire le son en image mentale.
Nous reparlerons de la synesthésie dans un prochain article
LE VIOLON : UN DECLENCHEUR PUISSANT D’IMAGERIE MENTALE

Dans l’approche Le Violon Neuronal, le violon occupe une place particulière.
Pourquoi ?
Parce qu’il réunit plusieurs caractéristiques uniques pour le cerveau :
1. Un son continu
Contrairement aux sons percussifs, le violon permet :
- des trajectoires sonores longues
- des nuances progressives
- des variations subtiles
–> Le cerveau peut suivre le son comme un mouvement.
D’ailleurs, l’une des techniques du violon s’appelle : le vibrato –> vibration
Le vibrato multiplie les harmoniques et la complexité du signal électrique envoyé par la cochlée.
Étude de corrélation : Selon la théorie de l’intégration multisensorielle (Stein & Meredith), nos sens ne sont pas cloisonnés. Un signal sonore complexe et « épais » (riche en vibrations) est souvent traduit par le cortex visuel comme ayant une « couleur » ou une « texture ».
C’est ce qu’on appelle la synesthésie faible, un phénomène documenté par Lawrence Marks, où des dimensions sonores (hauteur, timbre) sont automatiquement associées à des dimensions visuelles (luminosité, taille).
2. Une vibration ressentie dans le corps
La vibration de la corde se propage :
- dans l’instrument
- dans la main
- dans l’épaule
- dans la posture
–> Le son devient sensation corporelle, ce qui renforce l’imagerie.
3. Un lien direct entre geste et écoute
Chaque micro-ajustement du geste modifie le son.
Au violon, l’anticipation est constante et le cerveau corrige, imagine en permanence.
–> L’imagerie mentale devient active, vivante, incarnée.
Comme je l’ai déjà évoqué, dans d’autres articles, le violon ainsi que l’alto sont les instruments à cordes dont le timbre est le plus proche de la voix humaine. Ce n’est donc pas étonnant qu’il résonne particulièrement bien à l’oreille et à l’être intérieur. (voir aussi articles sur Les bienfaits de la pratique du violon chez l’adulte, l’enfant, les seniors, les personnes en situation de handicap)
IMAGERIE MENTALE, MEMOIRE ET EMOTION : UN TRIO INDISSOCIABLE
Là où l’imagerie mentale devient particulièrement précieuse, c’est dans son lien avec la mémoire.
Pourquoi les souvenirs musicaux sont-ils si puissants ?
Parce qu’ils associent :
- un son
- une image
- une émotion
Ce triptyque crée une mémoire profondément ancrée, souvent résistante au temps et aux troubles cognitifs.

C’est pour cette raison que :
- une personne peut oublier des mots, mais reconnaître une mélodie
- une musique peut réveiller une scène entière de vie
- le son reste un canal de communication même quand le langage s’efface
Les ateliers de stimulation cognitive musicale pour seniors en établissement pour personnes âgées, permettent d’activer cette mémoire profondément ancrée, de verbaliser et de réveiller les souvenirs endormis. (voir l’activité ici)
Quand vous étiez étudiant — ou peut-être l’êtes-vous encore — vous avez sans doute déjà appris une leçon en la mettant en chanson. Parce que, disiez-vous, « comme ça, je retiens mieux ». Je l’ai vécu moi aussi… et je ne suis clairement pas la seule.
Avez-vous déjà eu des difficultés à apprendre un poème par cœur (c’est mon cas) ? Mettez-le en chanson !
Des chanteurs ont mis en chanson des poèmes de Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Baudelaire pour ne citer qu’eux. J’aime beaucoup Demain dès l’aube, chantée par les Frangines : voir la vidéo ici..ou écouter la musique 😉.
C’est un poème de Victor Hugo, les paroles me restent à l’esprit sans problème. Le pouvoir du son, de la musique, des émotions, de l’imagerie mentale et même du visionnage du clip vidéo 😉 –> Une combinaison qui provoque la mémorisation naturelle à coup sûre.
VOIR LE SON : UN OUTIL DE BIEN-ETRE ET DE STIMULATION CEREBRALE
Travailler et développer son imagerie mentale sonore c’est :
- renforcer l’attention
- stimuler la mémoire
- apaiser les émotions
- reconnecter le corps et le cerveau
Dans les ateliers du Violon Neuronal, cette capacité est utilisée pour :
- sécuriser
- éveiller
- relier
- redonner du mouvement intérieur
J’ai travaillé en tant qu’animatrice au sein d’un programme de santé visant à lutter contre l’anxiété et la dépression grâce à une prise en charge holistique, naturelle et non médicamenteuse. Dans ce cadre, j’étais responsable de la partie dédiée à la musicothérapie.
Les participants étaient invités à écouter quelques minutes de musique classique les yeux fermés, en portant une attention particulière à leurs images intérieures. Ils devaient ensuite les noter, mais aussi s’imaginer des situations guidées par la thématique émotionnelle de la musique. Les scénarios évoqués étaient aussi riches que variés, chacun révélant un univers intérieur singulier.
Cet exercice devait être répété au minimum toutes les deux semaines. À l’issue du programme, d’une durée de huit semaines, les participants parvenaient à visualiser leurs scénarios et leurs images mentales avec beaucoup plus de facilité et de précision qu’au début. L’effet observé était un véritable déplacement de l’attention : ils se détachaient progressivement de leurs douleurs psychologiques et de leurs pensées négatives pour se tourner vers des ressentis plus positifs et des moments de déconnexion grâce à l’imaginaire. Les bénéfices constatés étaient très encourageants.
Cet exercice ne s’adresse toutefois pas uniquement aux personnes souffrant d’anxiété ou de dépression. Il présente de multiples bienfaits pour le grand public : affiner ses scénarios intérieurs, renforcer son imaginaire, vivifier ses images mentales et nourrir sa créativité.
En tant que violoniste, je pratique quotidiennement ce type d’expérience, aussi bien en jouant qu’en écoutant de la musique dans le but de nourrir profondément mon interprétation musicale et d’enrichir ma sensibilité artistique.
Voulez-vous essayer?
MINI-EXPERIENCE : ACTIVEZ VOTRE IMAGERIE MENTALE SONORE

Exercice simple (2 minutes)
- Choisissez un son doux (violon, voix, musique classique, bruit de nature, votre musique préférée)
- Fermez les yeux
- Laissez venir les élements suivant :
- une couleur
- une forme
- un mouvement
- une image
- une scène
- Ne cherchez pas à contrôler
- Accueillez simplement ce qui apparaît
- Notez vos « visions »
–> Il n’y a ni bonne ni mauvaise image.
Il y a juste votre cerveau en train de traduire le son.
CONCLUSION — LE CERVEAU NE SE CONTENTE PAS D’ECOUTER, IL IMAGINE
Voir le son, ce n’est pas un don réservé à quelques-uns.
C’est un processus créatif qui implique la totalité de notre architecture cérébrale. En apprenant à « voir » le son, nous ne faisons pas qu’écouter de la musique : nous codons une réalité plus riche, plus profonde et profondément humaine.
Dans un monde saturé de bruits, réapprendre à écouter, c’est aussi :
- réactiver son monde intérieur
- redonner de la profondeur à ses perceptions
- prendre soin de son cerveau autrement
- affûter son imagerie mentale utilisable dans bien des domaines
🎻 Le Violon Neuronal explore cette voie sensible où le son devient image où l’écoute devient expérience, et où le cerveau retrouve sa capacité naturelle à vibrer, imaginer et se relier.
Et vous, à quoi ressemble votre monde intérieur quand vous écoutez un son ? Dîtes-le moi en commentaire.
A venir: Un test inédit pour découvrir la richesse de votre imagerie mentale à travers le son ;-). Restez connecté!

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